Que la lumière soit !
Posted by Audrey on avr 17, 2008 in Dans le Vif du sujet
Une simple boîte projetant de la lumière à travers une plaque de verre coloré puis une lentille, voilà l’outil principal du lanterniste. Réjoui à chaque réaction de « son » public, il s’évertue à faire peur, à faire rire, à faire s’émouvoir.
Toute de bois et de métal, sa lanterne à deux objectifs dresse fièrement face à nous sa stature imposante de grâce. Elle pourrait presque ressembler à une arme de guerre avec ses deux protubérances dirigées face à un grand drap blanc. Soudain, un squelette jaillit devant nos yeux. Le lanterniste vient en effet de glisser une nouvelle plaque de verre peint dans le châssis porte-vue d’un des deux objectifs. La lumière issue du corps de la lanterne vient frapper la plaque dont l’image « passe » alors dans la lentille et est projetée sur un grand écran blanc. « Elle permet pour la première fois d’agrandir des images transparentes qui n’existaient auparavant, et encore vu de loin, que dans les églises, grâce aux vitraux » nous précise, lors d’une conférence à la Cinémathèque Française organisée le 8 février 2008, Laurent Mannoni, commissaire d’exposition et historien du cinéma. Un condenseur composé de lentilles convergentes est présent entre la source de lumière et l’emplacement de la plaque. Il permet de concentrer le large faisceau lumineux pour qu’il soit le plus homogène et régulier possible. Malgré tout, il nous semble que c’est un peu flou… Le souci est rapidement réglé grâce à une molette de mise au point présente sur l’objectif concerné. À présent, le squelette vire à l’ocre, le lanterniste ayant ajouté un filtre de couleur dans une fente située tout à l’avant de l’optique.
Gaz, pétrole ou acétylène
La nuit tombe maintenant au fur et à mesure que notre héros s’active. Le projectionniste entame en effet un jeu de transition savamment dosé. Il contrôle l’illumination de chaque plaque, faisant progressivement disparaître la première, un joli paysage rural baignant dans la lumière du soleil, au profit de la seconde, le même paysage sous une voûte d’étoiles. L’enchaînement est parfait. Un dispositif mécanique permet d’ajuster les deux optiques superposés de la lanterne, pour qu’ils soient alignés correctement. Le fondu est ainsi naturel et surtout, sans décalage. Et ce, malgré la difficulté de maîtriser parfaitement la lumière. Mais d’ailleurs, d’où vient-elle, cette lumière? D’une bougie, d’une lampe à huile ou d’une lampe à pétrole avec une mèche voir trois (ce qui permet d’être plus précis dans la variation de luminosité), d’une lampe à gaz utilisant un mélange d’oxygène et d’hydrogène ou d’une lampe à acétylène. Sont aussi utilisées les lampes oxyéthériques - un fin filet de vapeur d’éther enflammé se trouve projeté contre un manchon de terre rare, le contact de la flamme avec ce manchon générant une puissante lumière - ou encore tout simplement les ampoules électriques… Les techniques sont variées et ont grandement évolué suivant les époques. Avant l’électricité, obligation était d’évacuer la chaleur importante et les vapeurs issues de la combustion, sous peine d’embuer ses plaques de verre ou pire, de voir son appareil prendre feu ! C’est pour cela que la lanterne est munie de trous d’aération latéraux mais aussi d’une petite cheminée ou d’un capuchon la surplombant.
La base de l’animation : de fins mécanismes omniprésents
Par la porte amovible sur le côté de la boîte, le lanterniste active la vis pour faire tourner et monter le bâton d’oxyde de calcium - autrement dit, de chaux - qui est porté à incandescence grâce au mélange d’oxygène et d’hydrogène l’alimentant. La vivacité de la lumière augmente de nouveau. Chaque objectif possède un système d’éclairage séparé. Les mécanismes sont donc bien présents partout, sur la lanterne bien sûr mais aussi sur les plaques elles-mêmes. Les images s’enchaînent sous nos yeux, parfois sans rapport précis. Place maintenant à un peu d’humour, avec ce gros bonhomme qui naît sur l’écran, son embonpoint grandissant encore et toujours : cette plaque-là aussi cache un mécanisme « magique ». Et la lanterne laissant lentement s’échapper ses vapeurs ne nous aide pas à garder l’esprit clair. Laurent Mannoni ajoute : « Elle ouvre la voie à tous les fantasmes, au trucage, à la féerie, aux aberrations et dépravations… ». La lumière s’éteint, le spectacle se termine. La lanterna magica gardera encore quelques secrets pour elle…
Faites votre choix !
En bois, en métal, en céramique, la lanterne se décline sous diverses formes mais garde quasiment toujours le même mécanisme plus ou moins amélioré. Bouddha, pagode, Tour Eiffel et même voiture, elle s’invite dans les salons particuliers, au théâtre, dans les salles de cinéma ancestrales et même à l’école. Miniaturisée et mobile, elle se trouve sur le bitume pour des démonstrations publiques dans la rue. Le panel de lanternes va de celle la plus simple à un seul objectif au fantascope, sorte de super lanterne à deux ou trois optiques et montée sur rail pour pouvoir effectuer des travellings. Entre ces deux opposés, un appareil singulier à garder en mémoire : le lampascope, petit appareil avec à sa base un large orifice permettant de l’installer sur une lampe à pétrole de salon et qui possède un réservoir rempli de sable à l’arrière et jouant un rôle de contre-poids.
Plus d’informations :
Cinémathèque Française
Histoire de la lanterne magique
Crédit photo : Marion Sabourdy.










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