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Tous mordus?

Posté par Audrey le 7 déc 2009 dans Dans le Vif du sujet

Image hébergée par servimg.com

L’autre soir, après avoir fanatiquement regardé le dernier épisode de la série “Vampire Diaries”, je commençai à me poser la question de la raison d’un tel engouement. Personnages adolescents, amourettes, quelques niaiseries souvent, des physiques irréels dignes de statues grecques, oui tous les éléments sont réunis… pour attirer une jeune fille à peine pubère. Et pourtant, les adultes aussi s’y laissent prendre. Les vampires auraient-ils vraiment un pouvoir de persuasion hors-norme?

Il y eut d’abord Dracula, ce vampire roumain grandiloquent, héros du roman de Bram Stoker publié à la fin du 19ème siècle et adapté des centaines de fois au cinéma. Derrière sa longue cape noire, son aura mystérieuse de “mort-vivant” n’aura de cesse d’envoûter les prudes jeunes filles attirées par l’incarnation personnifiée du raffinement, du charme et de la sensualité. Aujourd’hui, la cape a laissé place au sexy manteau de cuir et au sempiternel regard de braise. Le vampire se veut peut-être tout simplement plus “in”, moins branché tradition “ail, croix en bois et eau bénite”. Anne Rice, avec ses “Chroniques des vampires” - dont le très connu “Entretien avec un vampire” - a ouvert le bal pendant la deuxième moitié du vingtième siècle. Le succès important de l’adaptation cinématographique, sortie en 1994, a pour résultat de réveiller l’enthousiasme des gens vis à vis des suceurs de sang. S’en suivent Underworld, Van Helsing ou encore Blade. Les vampires sont séduisants, sensibles parfois, torrides souvent. Ils nous confrontent à nos sentiments contradictoires évidents que sont le désir et la peur.

Souvenons-nous aussi d’Angel et de Spike dans feu-la série “Buffy contre les vampires”, grand succès de la fin des années 1990 et qui sera suivie d’un spin-off, “Angel”. Dans ces univers, le monde vampirique est revu à la sauce adolescente, avec les problèmes habituels des lycéens - famille, copains, amis - mélangés aux multiples soucis de monstres et de prophéties apocalyptiques. À noter que le film, trop plat, n’avait fait fait qu’un flop et que seule la série, où l’identification était aisée, a su s’assurer une belle réussite. Réussite encore assez marginale jusqu’en 2007, année du début d’un réel intérêt vampirique avec l’apparition dans nos petites boîtes de “Moonlight” - qui n’aura duré qu’une saison - et de “Blood Ties”, au succès mitigé. Le vrai décollage viendra avec “True Blood”, résolument plus adulte, avec la très douée Anna Paquin, qu’on avait vue gamine dans “La leçon de piano”. Dans “True Blood”, la différence, c’est qu’on est dans la vraie vie de l’Amérique profonde. Bon Temps, c’est un peu la petite ville moyenne de Louisiane où des habitants moyens mènent une vie moyenne… au milieu des vampires, connus de tous. La populasse se retrouve au bar du coin, les gens sont parfois rustres, pas tous très intelligents ou très érudits, possèdent souvent des valeurs morales plus que limites… Les vampires, devenus (presque) gentils, s’abreuvent de True Blood, sang de synthèse sensée étancher leur soif. Se pose ici une réelle expertise des réactions populaires face aux questions de l’intégration “d’étrangers” dont ils ont peur. Plus mâture donc, “True Blood” se démarque totalement des autres produits du marché mais connaît une notoriété non-moins enviable auprès du public, avec une troisième saison à venir.

Mais les séries, livres et films de vampires à la mode, c’est généralement plutôt ceux à la sauce “Twilight”. On retrouve là un tout petit peu du style “Buffy” (par le “tout petit peu”, comprenez “l’atmosphère lycéenne”). “Twilight”, c’est l’adaptation d’un roman en 4 tomes de Stephenie Meyer, au succès phénoménal. Amour, déception, questionnement personnel, amitié, famille, toutes les bonnes ficelles d’identification sont tirées autour d’une histoire relativement dramatique et romantique de vampire amoureux d’une humaine. Un topic dont on ne se débarrasse finalement jamais… Buffy et Angel, Bella et Edward, Sookie et Bill, etc.

Dernier bébé en date, “The Vampire Diaires”, dont je parlais en tout début d’article, connaît un fort démarrage aux États-Unis. Adaptée des livres “Journal d’un vampire” de Lisa Jane Smith, quasiment inconnus au bataillon jusqu’à présent (les ventes explosent ces dernières semaines), cette série ressemble à s’y méprendre à un remake de “Twilight” - dont les livres ne sont sortis qu’après… qui a pompé sur qui…? - à quelques nuances près dont celle, notable, qu’Elena, l’héroïne humaine, se retrouve hésitante entre deux frères vampirisés, Damon le diabolique et Stefan le repenti. La simplicité de l’analyse des sentiments - les gentils vs les méchants - pousseraient à croire qu’un adulte normalement constitué se lasserait en deux minutes d’une telle histoire. Et pourtant - et là je m’adresse à un public féminin surtout - on se laisse facilement emporter dans le monde d’Elena (la voix off qui traduit ses pensées aidant beaucoup) qui n’est pourtant qu’une lycéenne encore naïve, mais cette lycéenne qu’on a toutes rêvé d’être : jolie, intelligente, cultivée, attirante, mâture. Revit-on par procuration nos années de lycée qui nous ont semblé moroses? Est-ce juste l’action du sex-appeal des acteurs, dont les corps taillés en V sont savamment mis en valeur? Quoiqu’il en soit, le charme opère : 2,6 millions d’exemplaires de “Twilight” (tous tomes confondus) écoulés en France, quasiment 5 millions de téléspectateurs pour le Season Premiere de “The Vampire Diaries” aux États-Unis, plus de 3 millions de spectateurs français pour le deuxième opus de “Twilight”, la vague du fantastique ne s’arrête plus. Le public veut rêver, se faire peur, “vivre” des histoires d’amour impossibles d’une passion extraordinaire.

Oui, le vampire est sexy, charmeur, envoûtant. De quoi faire chavirer le cœur de n’importe quelle jeune - ou moins jeune - femme. Moi, je n’ai qu’une hâte : pouvoir me refaire en janvier mon intra-veineuse du trio Stefan-Damon-Elena !

Plus d’informations…
Page Wiki sur Bram Stoker
Page Wiki sur Anne Rice
Blog sur la série “Buffy contre les vampires”
Site officiel de la série “True Blood”
Site officiel de Stephenie Meyer
Page Wiki consacrée à “Twilight” (livres et films)
Page Wiki sur Lisa Jane Smith

Crédit photos : FlickR/Taylor’s Wish — FlickR/Carniphage (miniature)




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7 commentaires

  1. Et pour ceux qui recherchent une mine d’informations à la fois littéraire et cinématographique sur le sujet, il y a aussi http://blog.vampirisme.com/vampire

  2. Merci pour ce complément, Vladkergan !

  3. J’ai cru voir un film qui vient de sortir intitulé L’assistant du vampire, à ajouter à ta longue liste. A ton avis, en plus de la recette inégalable “sexy+peur”, pourquoi les vampires reviennent à la mode en ce moment ? L’humeur des spectateurs est-elle si morose qu’ils se rabattent vers des mythes vus et revus, remis au goût du jour pour l’occasion ? Et quid de la controverse dans Twilight sur la réalisatrice mormone qui n’a pas voulu filmer des ébats dans son film (alors que les protagonistes sont “chauds bouillants”)? Et sinon, très bonne chute ^^

  4. @Marion : le mythe du vampire revient cycliquement depuis son avènement en littérature via le Dracula de Bram Stoker. La guerre froid a ainsi vu la sortie du Je suis une Legende de Matheson, les années 90 Entretien avec un Vampire,…

    On peut certes trouver que le mythe est tellement éculé qu’il ne peut plus rien proposer de neuf, mais en creusant un peu il y a un renouvellement constant du mythe. Culturellement c’est déjà très intéressant en cela que le vampire peut être considéré comme un symbole qui fait sens, une personnification de nombreux tabous (le sang, le sexe, la mort pour citer les principaux).

    En plus de cela, de nombreux spécialistes notent le retour du vampire en temps de crise, et c’est un peu ce qui semble s’opérer actuellement. La morosité économique voit le retour du vampire mais sous une forme un peu différente : le vampire voit son aura maléfique se ternir pour prendre l’apparence d’un personnage à la limite du féérique, chaînon manquant entre Lestat et Harry Potter. Il incarne donc une part de mystère, d’évasion dans une société qui ne laisse plus place au rêve, à l’évasion.

    Concernant la controverse, l’auteur est mormone mais la réalisatrice du premier film ne l’est à ce que j’en sais pas. Et le sexe n’intervient pas das les premiers tomes de la série (seulement dans le deuxième ou le troisième, je ne saurai dire j’ai décroché avant).

  5. @Marion : Vladkergan t’as très bien répondu ;) J’avais aussi entendu parler de cette observation du “retour” des vampires en temps de crise, un bon moyen d’échapper à son quotidien…

    Je pense que le mythe du vampire ne cessera jamais, il est totalement évolutif. A l’heure actuelle, même si les vampires gardent leurs côtés maléfiques, ils semblent s’humaniser émotionnellement et se complexifier aussi - autant qu’un vivant. En plus, il y a une réelle adaptation à la société contemporaine, loin l’idée que les vampires portent de longues capes noires et ne vivent que dans le noir… Des “mythes” comme l’ail, l’eau bénite, les croix disparaissent dans les séries et les films récents, les vampires ont d’autres vulnérabilités…

    Concernant Twilight, de toute façon, je ne vois pas trop le souci, car les livres sont relativement chastes… Le sexe a proprement parler (autre que bisou-bisou) n’arrive que dans le dernier tome si je me souviens bien (le 4), bien loin du dernier film à peine sorti (tome 2). Rien de bien choquant, dans le sens où Bella est relativement jeune, depuis peu avec Edward, il leur faut du temps ;) En plus, quand le sexe est là… il est bien là, pas du tout évincé ou fui.

  6. Merci Vladkergan et Audrey pour toutes ces précisions.
    Je trouve néanmoins que ce mythe (qui m’intéresse beaucoup) a été tout de même sauvagement édulcoré ces derniers temps, pour plaire aux jeunes filles en fleur en particulier (gros problème de la société de consommation de tout faire rentrer dans des cases préformatées).
    Un petit retour à la (vraie) violence et la sensualité qu’on prête d’habitude aux vampires serait le bienvenu (mais ce n’est qu’un avis personnel).
    Sinon, avez-vous entendu parler des “vampyres” bien réel ceux-là ? Ce sont des gens qui se rassemblent autour de ce mythe (en le déformant à leur sauce) et qui ont un look bien reconnaissable…

  7. Le moyen le plus immersif pour découvrir la sub-culture vampyrique est de se procurer et de visionner le film Vampyres de Laurent Courau, qui a enquêté pendant près de 5 ans autour de cette scène, qui vient des EU mais commencent à s’implanter en Europe : http://blog.vampirisme.com/vampire/?612-courau-laurent-vampyres-2009

    Quant à l’édulcoration du mythe, elle est certes présente mais pas intégrale. Quand on lis des séries comme Vampire Story ou Nécroscope, on se rend compte que le vampire reste encore une créature maléfique et profondément inhumaine.

    Cette humanisation vient d’Anne Rice, qui a contribué à donner un visage plus humain aux vampires en leur donnant pour la première fois la parole.

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